Tchad-France: une nouvelle dynamique de partenariat

La rencontre à Paris le 29 janvier 2026 entre les chefs d’État français et tchadien aura surpris nombre d’observateurs en raison du contexte de sa programmation.  Elle continue de surprendre en raison de ses retombées et des perspectives nouvelles et fort prometteuses qu’elle semble ouvrir dans la coopération entre les deux pays.
 
Il n’est pas inopportun de rappeler que cette visite de Mahamat Idriss Déby Itno à Paris est intervenue dans un contexte marqué par la glaciation des relations entre les deux pays. Notamment en raison du départ au forceps des soldats français du Tchad en janvier 2024. Quelques analyses alarmistes avaient tôt fait de conclure au crépuscule d’une relation qui pourtant, dans le passé, a connu des moments ensoleillés comme des heures nuageuses. C’est d’ailleurs le propre des relations diplomatiques entre États, quelle que soit la solidité de leurs liens de coopération.

Coopération économique

Dans les opinions publiques comme dans les médias internationaux ou les cercles de réflexion, lorsque l’on parle de la coopération entre le Tchad et la France, on fait référence immédiatement et exclusivement à la coopération sécuritaire et militaire.
Le forum économique Tchad-France qui se tiendra à Paris le 25 septembre 2025 vient confirmer et renforcer cette dynamique nouvelle. 
Toutefois, il faut relever un fait qui n’a pas retenu l’attention de nombreux observateurs.  À l’issue de sa rencontre avec le chef de l’État français de fin janvier 2026, le chef de l’État tchadien avait clairement exprimé son souhait de voir la relation entre les deux pays se diversifier, bien au-delà des seules préoccupations d’ordre sécuritaire. Car le Tchad, et ils sont nombreux à ne pas le savoir, n’est pas seulement un immense pays de 1 284 000 km², presque trois fois la superficie de la France. Le Tchad est aussi un pays aux atouts géostratégiques, au potentiel naturel et au capital humain considérables.

Signature de plusieurs accords

Plusieurs protocoles d’accord relatifs aux infrastructures, à l’industrie et à la santé ont été signés  récemment entre le Tchad et la France, comme le souligne un document du ministère des Finances, du Budget, de l’Économie et du Plan du Tchad, en date du 12 mai 2026. Ces conventions, paraphées en tant que complément au sommet « Africa Forward », font partie du Plan national de développement (PND) dénommé « Tchad Connexion 2030 ». 
Grâce à ce partenariat,  cinq ponts en métal à panneaux seront construits dans divers endroits du pays tels que Bousso, Matadjana et Kalaït. Il est également prévu la construction d’une usine pour la production de ponts à panneaux, la mise en place d’environ  et des centres de santé dans les provinces et de trois écoles d’infirmiers dans différentes régions. Sans oublier  l’édification d’un hôpital français privé d’envergure internationale à N’Djamena.
Ces accords ont été signés lors du sommet « Africa Forward », qui s’est déroulé au Kenya ( les 11 et 12 mai 2026)  entre les membres du gouvernement tchadien et les entreprises françaises Matière SAS et Ellipse Projects SAS. 

Le Tchad, un marché attrayant
 
Pour les investisseurs français, la position du Tchad au cœur de l’Afrique centrale offre des possibilités d’accès à un marché considérable estimé en 2025-2026 à 226 millions de consommateurs. Cet accès est d’autant plus facilité en raison de l’harmonisation des politiques économiques, fiscales et monétaires de la  Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). 
En outre, s’agissant de la politique monétaire en zone Cemac, les investisseurs étrangers sont autorisés à rapatrier les dividendes de leurs investissements dans cette zone monétaire, dont le FCFA.  Ce, en dépit des polémiques qu’il suscite. 
Au-delà de l’attractivité de cet environnement régional, le Tchad est riche d’immenses atouts propres qui justifient amplement l’intérêt du patronat français pour la tenue de ce forum dont le nouveau programme national du Tchad intitulé « Tchad Connexion 2030 » sera la boussole. Elle s’articule autour de grands chantiers structurants dont les axes majeurs sont l’eau et l’assainissement, l’économie numérique, l’électricité, les transports et la navigation, l’éducation et la formation professionnelle, la santé, pour ne citer que ceux-là.
 
Niche d’investissement pour la France…
 
Il va sans dire que dans ces priorités du « Programme National de Développement » du Tchad, la France dispose d’une expertise mondialement appréciée. Et dans ces axes de développement, les besoins du Tchad sont considérables. Il s’agit donc d’une importante niche d’investissements et de profits pour ses entreprises.
 
—et diversification de l’économie du Tchad
 
Du côté tchadien, après avoir axé durant longtemps son développement sur les industries extractives, les autorités du pays sont résolument engagées dans un processus de diversification de l’économie nationale, notamment dans les services. Cette orientation est un véritable levier de développement hautement prometteur pour le Tchad, dont 68 % de la population est âgée de moins de 25 ans et 49 % sont âgés de moins de 15 ans.
C’est dire que cette nouvelle page de la coopération entre N’Djaména et Paris,  au-delà de ses dividendes économiques,  est d’autant plus à saluer qu’elle est de nature à contribuer également au renforcement des liens entre les peuples des deux pays.

Éric Topona.
 

 
 

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